La table-ronde laitière du 8 avril 2013 a-t-elle permis de « faire bouger les lignes » ? La FNSEA et ses associations spécialisées, d'une part, la Coordination rurale et son OPL, d'autre part, ne font pas la même lecture. Mais toutes réclament un relèvement rapide du prix du lait.
FNSEA : « La FCD doit encore faire un effort »
« Après des semaines de mobilisation des producteurs de lait, la table-ronde laitière du 8 avril, au ministère de l'Agriculture, a permis de faire bouger les lignes. Tous les distributeurs présents ont fait des propositions. Pour autant, elles n'ont pas abouti à un consensus de l'ensemble des participants », regrette la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) dans un communiqué du 9 avril 2013.
« La Fédération du commerce et de la distribution [...] a fait une offre d'augmentation des prix de deux centimes uniquement sur le lait de consommation. Ce marché ne représente que 16 % des produits de grande consommation au niveau français. L'impact pour les producteurs de lait est donc limité. La proposition de la FCD n'est pas acceptable en l'état. Les enseignes Leclerc et système U – elles – ont posé sur la table le principe d'une hausse de deux, trois centimes sur tous les produits laitiers. »
« La FNPL et la Fnec, associations spécialisées de la FNSEA, ainsi que les Jeunes Agriculteurs (JA) regrettent que les enseignes de la distribution continuent à se faire la guerre entre elles sur le dos des producteurs de lait. Les syndicats (FNSEA, JA, FNPL et Fnec) souhaitent que la distribution parle d'une seule voix. L'enjeu est de résoudre un grave problème conjoncturel : celui des producteurs de lait pris en étau entre des charges qui s'envolent et un prix du lait non revalorisé.
« Les éleveurs doivent avoir un résultat concret dès le paiement du lait du mois d'avril. La FNSEA, les JA, la FNPL et la Fnec demandent à la FCD de revoir sa position d'ici à la fin de la semaine. Elle doit élargir le périmètre de son offre et l'étendre à l'ensemble des produits laitiers. »
« Par son attitude, l'aval de la filière laitière prend un grand risque. Celui de fragiliser une filière pourvoyeuse d'emplois, de produits de qualité plébiscités par les consommateurs et de territoires vivant socialement et économiquement. Le médiateur nommé par le ministre doit rapidement favoriser une sortie de crise par le haut », conclut le communiqué.
Coordination rurale : des « mesurettes qui ne résolvent rien »
« Les producteurs de lait n'y arrivent plus : les fermes s'arrêtent les unes après les autres ! Les coûts de production ont explosé et le prix du lait payé à la production est largement insuffisant », estiment la Coordination rurale et son Organisation des producteurs de lait (OPL) dans un communiqué du 9 avril.
« Une avancée : transformateurs et distributeurs reconnaissent enfin qu'il est nécessaire d'augmenter le prix à la production. Cependant, aucun ne veut financer cet effort ! Les distributeurs accepteraient d'augmenter le prix du litre de lait à la consommation de 2 à 3 centimes, à la seule condition que cela soit intégralement répercuté sur les producteurs. Le médiateur des contrats devra travailler à cet effet, mais quel sera son pouvoir dans la jungle que les pouvoirs politiques successifs ont créé dans la filière du lait ? »
« L'augmentation convenue lors de cette table-ronde serait de 2 ou 3 centimes pendant quelques mois. Ce montant est largement insuffisant pour compenser l'écart entre le prix du lait et le coût de production, qui fait que l'éleveur travaille à perte, et depuis longtemps. En outre, on peut craindre qu'ensuite ces sommes disparaîtront du prix à la production, mais resteront incluses dans le prix final payé par les consommateurs. Une augmentation que sauront se partager les transformateurs et les distributeurs ! »
« Ces "mesurettes" décidées dans l'urgence sont maintenant récurrentes mais ne résolvent rien ! Il est urgent que le prix du lait soit payé en fonction du coût de production et permette une rémunération du travail de l'éleveur, occupé chaque jour de l'année à la traite et au soin de ses vaches. L'Europe doit impérativement appliquer une régulation de la production et des marchés. Ce n'est qu'à cette condition que les fermes continueront d'exister et de se développer », conclut le communiqué.