accueil  Accueil / Dossiers / Autres dossiers / Santé des plantes (Produire plus, produire mieux 3/6) : les remèdes d'avenir / Santé des plantes: les remèdes d’avenir
Autres dossiers

Article 1 :

Santé des plantes: les remèdes d’avenir

Produire plus en réduisant l’usage des produits phytos. Ce nouveau défi amène à reconsidérer l’arsenal de la protection des cultures. La palette des moyens disponibles est large: nouvelles molécules, systèmes de cultures économes, outils d’aide à la décision... Les solutions envisagées laissent espérer des marges de progrès.  

Le Grenelle de l’environnement a mis une nouvelle fois les traitements des plantes sous les feux de la rampe. Avec à la clé la décision du gouvernement de réduire de moitié l’utilisation des produits phytos d’ici à dix ans «si possible» et de supprimer progressivement les molécules les plus dangereuses, dont une trentaine dès 2008 (cliquez sur l'image ci-dessous).

Agrandir l'image Un plan d’action appelé «Ecophyto 2018», mis en place à la fin de 2007 par le ministère de l’Agriculture, doit être dévoilé d’ici à juin 2008. Il s’appuiera sur les propositions formulées par un groupe d’experts piloté par Guy Paillotin, secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture, pour notamment évaluer «les marges de progrès sur les molécules et les itinéraires techniques».

«Le nouveau défi que nous devrons relever avec la recherche, c’est de mettre à la disposition des agriculteurs des systèmes de production économes en pesticides qui ne remettent pas en cause l’équilibre économique des entreprises agricoles et qui ne créent pas de distorsion de concurrence. Nous ne réussirons que si les pratiques des agriculteurs, qui ont déjà largement évolué, changent», indiquait Michel Barnier, en décembre 2007, lors de l’assemblée générale de Coop de France.

La protection phytosanitaire est repensée dans un contexte particulier: la maîtrise des bioagresseurs devient de plus en plus difficile, avec l’apparition de résistances aux adventices et aux maladies, le contournement des résistances variétales, les nouveaux parasites ou la modification de leurs aires géographiques. D’un autre côté, les exigences qualitatives et quantitatives sont accrues, nécessitant de ne pas baisser la garde. Une équation complexe à résoudre. Alors, comment tout concilier?

 

Des molécules plus ciblées

«Il s’agit d’utiliser plus intensivement le fonctionnement écologique des écosystèmes. Cela implique beaucoup de connaissances scientifiques nouvelles», estime Michel Griffon, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). «Il ne faut pas considérer qu’il y a un avant-Grenelle et un après-Grenelle», font remarquer les firmes phytosanitaires. Selon elles, des changements considérables sont intervenus au cours des quinze dernières années, avec, entre autres, la baisse des utilisations en volume de substances actives ( voir infographie p . 68). Les nouvelles matières actives ont des doses efficaces dix fois inférieures et elles sont moins toxiques, avec une dose journalière admissible cinq fois supérieure aujourd’hui. Mais les industriels sont conscients qu’il existe encore des marges de progrès grâce à l’innovation qui doit répondre à trois objectifs: production, santé et impact environnemental. Toutefois, cela demande du temps: il faut compter de dix à quinze ans pour voir sortir un nouveau produit.

 

 

Premier axe de travail: le développement de produits actifs à faible grammage, avec des modes d’action encore plus spécifiques. Grâce à une batterie de tests, les firmes intègrent aussi dans leurs recherches la variabilité des contextes agroclimatiques pour définir des conditions d’emploi adaptées. «Il y a aussi des progrès à faire en termes de formulation: de nouvelles technologies permettent de dissoudre dans l’eau des matières actives non solubles sans faire appel à des solvants, assure Vincent Gros, président de BASF agro. Cela permet de réduire l’exposition des agriculteurs.»

 

 

Firmes comme coopératives réclament en parallèle la mesure de l’impact des produits sur l’environnement et la santé. Bruno Zech, directeur du développement et de l'homologation chez Bayer CropScience, estime qu’il est nécessaire de développer un «diagnostic environnemental des pratiques. L’utilisation des produits doit être adaptée localement selon les types de sol, les pratiques culturales, les rotations. Ce sera plus efficace de réduire de 5% l’usage des phytos en zone dangereuse que de réduire de 50% cet usage sur tout le territoire.»

Toutefois, la recherche de nouvelles molécules plus respectueuses de l’environnement ne suffira pas à réduire l’utilisation des phytosanitaires. Des solutions alternatives existent tels que les stimulateurs de défense naturelle des plantes. «Ces produits, qui ont moins d’impact, sont peu mis en avant chez les metteurs sur le marché», regrette Paul Héry, directeur du marketing chez Goëmar, qui commercialise Iodus 2 fabriqué à partir d’une algue marine. Il souhaite que la dimension toxicologique d’un produit soit mieux prise en compte dans le choix d’un traitement.

 

Des produits «naturels»

D’autres produits «naturels» pourraient aussi prendre une place de plus en plus importante, comme par exemple les traitements à base de micro-organismes (virus de la granulose contre le carpocapse du pommier), de champignons (Contans WG contre le sclérotinia du colza). Les phéromones sont aussi utilisées depuis longtemps en production fruitière intégrée, là aussi contre le carpocapse. Des recherches sont en cours chez Arvalis pour combattre les taupins en grandes cultures grâce à des phéromones. Mais selon Guy Paillotin, s’ils sont prometteurs, ces produits font face à deux difficultés principales: «Les résultats sont un peu instables, ils doivent donc être utilisés en complément de molécules chimiques. Deuxièmement, ils ne bénéficient pas de budgets de recherche suffisants et le système d’homologation, fondé sur l’efficacité, leur est défavorable. Il est temps que ça change.»

Autre voie de traitement des cultures: la lutte biologique à l’aide d’insectes ou d’acariens. Beaucoup de firmes phytosanitaires investissent dans ce domaine et ont même une filiale spécialisée dans le domaine, comme par exemple Syngenta avec Bioline. Mais ce type de lutte est essentiellement utilisé en arboriculture et maraîchage, même s’il existe aussi en maïs avec les trichogrammes pour lutter contre la pyrale.

Si l’application de molécules mieux appropriées est un levier non négligeable pour diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, les marges de manœuvre sont aussi importantes au niveau des itinéraires techniques et des systèmes de culture. L’idée est de faire revenir l’agronomie au cœur des décisions afin de limiter les situations à risque où il devient nécessaire d’intervenir chimiquement. Les produits phytos étant le dernier recours. C’est l’objectif de l’agriculture intégrée déjà pratiquée en production fruitière et testée depuis quelques années par des producteurs de grandes cultures dans différentes régions, comme la Normandie (lire le témoignage de Pierre Gegu ), ou en passe de l’être en Ile-de-France dans le cadre de mesures agroenvironnementales (lire le témoignage de Cyrille Milard ).

 

Une vision globale du système de culture

Elle va au-delà de l’agriculture raisonnée, dont le principe est d’utiliser la chimie au meilleur moment sans aller jusqu’aux moyens préventifs. «Le choix de variétés moins sensibles aux bioagresseurs, une moindre densité de semis, des apports d’engrais limités, un usage minimal des phytos sont les points clés de l’agriculture intégrée, explique Philippe Lucas, agronome à l’Inra de Rennes. Pour que le système de culture soit moins dépendant en produits, il doit être rendu moins fragile en privilégiant le préventif.»

La réduction de produits phytos est plus facilement gérable en fongicides, insecticides et régulateurs. La stratégie de désherbage offre, elle, moins de souplesse. Réorganiser la rotation avec des cultures d’hiver et de printemps, réaliser des faux-semis à l’interculture, travailler le sol… sont autant de leviers possibles pour réduire le stock de mauvaises herbes. La piste des variétés de blé «couvrantes» capables de concurrencer les adventices est aussi étudiée. Le développement du désherbage mécanique pourrait de même apporter des solutions mais les recherches en matériel de binage doivent être approfondies. «Cette technique ne devrait pas monter très vite en puissance en grandes cultures, prédit Fabien Lagarde, du Cetiom (Centre technique interprofessionnel

des oléagineux métropolitains). Cela demande un savoir-faire précis, beaucoup de temps et un coût non négligeable. En colza, par exemple, on n’a pas le droit à l’erreur car il n’existe pas de produits chimiques de rattrapage. La solution serait de bénéficier en complément d’herbicides à spectre plus large en postlevée.» Enfin, Arvalis travaille sur le désherbage localisé de précision par GPS, même si pour l’instant le coût reste encore élevé.

«Nous devons passer à un raisonnement intégrant la succession des cultures», confirme Jean-Marc Meynard, de l’Inra de Grignon, qui travaille depuis plusieurs années sur les systèmes de cultures économes en produits phytos. Pour lui, les associations de plusieurs variétés, le mélange d’espèces (céréales et légumineuses) ou encore la mise en place d’une mosaïque paysagère pour favoriser les auxiliaires font aussi partie des moyens pour réduire l’utilisation des traitements phytosanitaires.

 

Mobiliser la recherche

Cela étant, il convient qu’il reste à mener beaucoup de recherches face à cet objectif ambitieux. Un programme a récemment été lancé par l’Inra en cultures légumières, ainsi qu’en grandes cultures avec Arvalis et le Cetiom. «Il s’agit d’approfondir les connaissances du parasitisme, de la plante et de leurs interactions», détaille Jack Massé, d’Arvalis. Grâce aux technologies moléculaires, la recherche va s’employer à identifier les paramètres génétiques de chaque composante (ravageur, champignon, adventice, variété). L’impact des pratiques culturales sur le développement des parasites va être mesuré, ainsi que l’interaction entre les parcelles. «Il ne faut pas se contenter d’approfondir la connaissance des processus écologiques ou biologiques. Leur sensibilité à la diversité des sols et des climats doit aussi être explorée», analyse Jean-Marc Meynard.

Les freins au développement de ces nouveaux systèmes de culture sont variés (pluie, contraintes d’organisation, plus d’expertise, plus de temps d’observation…) et les agriculteurs devront s’approprier les nouvelles connaissances issues de la recherche. «Cette notion d’apprentissage est importante, développe Pierre Mischler, d’Agro-transfert, qui suit avec les chambres d’agriculture huit fermes pilotes en Picardie. Cela va se faire progressivement. Il faut démystifier la crainte de réduire les intrants.»

«Sur le terrain, beaucoup d’agriculteurs ont déjà fait évoluer leur système de culture. Ce sont des expériences qui doivent être partagées avec les autres agriculteurs», ajoute Philippe Lucas. Cette formation devra passer par le développement d’une surveillance phytosanitaire performante et d’un conseil adapté.

Pour maîtriser la protection intégrée, des outils d’aide à la décision qui tiennent compte de l’itinéraire technique et du climat peuvent être utilisés. «Une vision systémique est nécessaire sinon ces outils mènent seulement vers une agriculture raisonnée», alerte Philippe Lucas. Pour Arvalis, les outils de demain assembleront une meilleure caractérisation du potentiel infectieux, avec des données agronomiques et climatiques en temps réel. Ils reposeront sur des modèles agroclimatiques de plus en plus performants, prenant davantage en compte l’évolution des données physiologiques de la plante (nombre de talles émis, pourcentage de feuilles attaquées…). Des outils qui pourraient être rendus plus accessibles à tous grâce aux nouvelles technologies d’information.

par Isabelle Escoffier, Marie Le Bourgeois et Florence Mélix

(publié le 28 mars 2008)



SERVICES EXPERTS

>Première inscription

Je suis déjà inscrit :
Mon identifiant :
Mon mot de passe :  
| Aide |
puce Identifiants oubliés ?
puce Toutes les offres d'abonnement
> Feuilletez un ancien numéro

SONDAGE

Santé animale : avez-vous enregistré des cas d'antibiorésistance dans votre élevage ?

> Tous les Sondages
Les sujets
LES PLUS LUS

Archives de
La France Agricole

Recherchez

dans les archives de la France Agricole et

Feuilletez

les numéros depuis 2004

Suivez La France Agricole :
la France Agricole sur Facebook La France Agricole sur twitter La France Agricole sur Google +

Nos offres d'abonnement
simples ou couplées,
à nos publications
hebdomadaires
et mensuelles

> Découvrir nos Offres

Les publications du Groupe France Agricole
En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies afin de nous permettre d’améliorer votre expérience utilisateur. En savoir plus et paramétrer les traceurs. OK