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Article 6 :

Fourrages : les pluies d'été ménagent les stocks

Si les précipitations ont limité, voire supprimé, le besoin d'affourager au pré, cet été, le trou dans les stocks est fait. Les systèmes herbagers restent dans une situation délicate.

« L'été n'a jamais été aussi vert, résume Bernard Billy. Les vaches ont de l'herbe. L'an dernier, à cette époque, elles mangeaient de la paille depuis au moins deux mois. »

Bernard, Laurent, son frère, et Guillaume Boutin, leur associé, sont à la tête de 140 hectares au Breuil-sous-Argenton, dans les Deux-Sèvres. Ils engraissent une centaine de taurillons par an. Une quarantaine provient de leur troupeau charolais, les autres sont achetés.

« L'année 2011 s'annonce meilleure que 2010 sur le plan fourrager », estime Bernard. C'était loin d'être évident le 30 juin. La sécheresse printanière avait même conduit les trois associés à réviser leur assolement. Sur les 20 hectares de maïs prévus, ils n'en sèment que huit. Et au lieu de retourner les ray-grass sur les 12 hectares restants, ils les gardent pour les ensiler, puis y installer le troupeau.

« La récolte de foin est inférieure de 30 % à la normale, enchaîne Guillaume. Sur les six premiers mois de l'année, il est tombé 151 mm d'eau. » C'est 73 mm de moins qu'en 2010 pendant la même période, qui était déjà sèche. En revanche, en juillet et août, il est tombé 105 mm. Bilan : l'herbe pousse, ainsi que le moha semé après la récolte des 7 hectares et demi de méteil.

« Grâce à cette dérobée, nous avons gagné cinq semaines d'affouragement, estime Bernard. Les ray-grass semés après la moisson sont aussi en train de pointer. Ce qui laisse espérer un pâturage à la fin d'octobre ou au début de novembre. »

Le rendement du maïs pourrait atteindre 12 tonnes de matière sèche par hectare, contre 8 tonnes habituellement. « Ce sont des niveaux que nous connaissions il y a dix ans, se souvient Bernard. À l'époque, nous pensions qu'on ne pouvait produire de la viande qu'avec de l'ensilage de maïs. La baisse de la pluviométrie dans la région nous a obligés à évoluer. »

La sole en maïs se limitera dorénavant aux seuls besoins des broutards charolais engraissés. « Si les associés du Gaec ont réussi à maintenir leur production de jeunes bovins malgré la sécheresse, c'est grâce à l'anticipation, résume Daniel Manceau, le technicien de Ter'élevage alors en charge du suivi de l'exploitation.

Ils ont introduit la paille dans les rations des vaches dès l'an dernier. A la fin de 2010, plutôt que des broutards charolais nourris à l'ensilage, ils ont acheté des blonds d'Aquitaine. Ils les ont vendus autour d'un an après les avoir engraissés avec une ration sèche. »

Le tout sous contrat, que ce soit la vente des animaux ou l'achat d'aliments, échappant ainsi à la dégradation des marchés.

 

Deux années consécutives de sécheresse

La situation dans les exploitations dont le système fourrager repose uniquement sur l'herbe reste en revanche le plus souvent très délicate. « Ma récolte de foin et d'enrubannage est inférieure de 70 % à la normale, calcule Daniel Courval, naisseur à Combray, dans le Calvados, au cœur de la Suisse normande. Au printemps, à cause de la sécheresse de 2010, nous avons dû faire pâturer la moitié de nos parcelles à foin. Si bien que je dois acheter 150 t de paille en plus des 70 t que j'échange contre du fumier. »

S'y ajoutera de la mélasse, et peut-être de la pulpe. « Il y aura cent dix vêlages cette année, compte-t-il. C'est trente de moins qu'il y a trois ans. Ces deux années de sécheresse fragilisent notre système. Il y a une UTH en jeu. » Et le canton ne sera probablement pas reconnu au titre des calamités agricoles.

Dans le Massif central aussi, ces exploitations sont particulièrement fragilisées. En Corrèze, les premières récoltes de fourrages, qui assurent normalement les deux tiers des stocks annuels, sont amputées de 30 à 50 %. « Les pluies de juillet ont favorisé la repousse, évitant ainsi de poursuivre l'affouragement au pré, précise Michel Basset, de la chambre d'agriculture. Mais le déficit de stocks pour l'hiver prochain reste à combler. »

Les zones de montagne, habituellement davantage épargnées par les sécheresses, sont très pénalisées cette année. Les gels tardifs en avril et mai, puis le froid sévissant en altitude au début d'août, avec de fortes amplitudes de températures, ont limité la pousse de l'herbe.

Même constat dans le Cantal, où douze cantons sont pour l'instant reconnus au titre des calamités agricoles.

 

Des achats sont incontournables

« Le déficit de récoltes fourragères par rapport aux besoins des troupeaux est de 30 à 65 %, estime Patrick Chazal, à la chambre d'agriculture. Les systèmes avec une première coupe tardive sont les plus affectés, avec un manque de stocks allant de 50 à plus de 70 % par rapport à une année normale. »

Malgré les pluies, la zone aubrac n'a pas récupéré un état satisfaisant des pâtures et des éleveurs sont contraints de complémenter les animaux au pré. En réponse au déficit de fourrages, certains ont doublé leurs surfaces en maïs et en sorgho. Mais les systèmes à 100 % en prairies permanentes n'ont pas de marge de manœuvre, hormis l'achat de fourrages ou la vente d'une partie du cheptel. »

 

 

Témoignage : SÉBASTIEN GAZEAU, éleveur à Antigny (Vendée)

« Face à la sécheresse, je suis plus serein que l'année dernière »

Le 4 février dernier, dans le numéro 3371 de La France agricole, Sébastien récapitulait les mesures d'urgence qu'il a dû mettre en place à cause de la sécheresse qui a sévi en 2010. Après quelques mois difficiles liés au déficit hydrique printanier de 2011, ses stocks semblent se reconstituer.

« J'espère récolter 12 à 13 t de matière sèche à l'hectare sur mes parcelles de maïs. C'est au moins 9 t de MS/ha de plus que sur les plus mauvaises parcelles l'année dernière. La pluie est arrivée au bon moment. Les plantes ont un peu souffert en juin, mais elles ont rattrapé leur retard après la mi-juillet. Une aubaine qui contrebalancera le défit en ensilage d'herbe.

Le rendement des prairies récoltées à la fin d'avril était, comme en 2010, inférieur de 40 % à celui d'une année normale. J'ai dû, en plus, puiser dedans dès le 3 juin, soit vingt jours plus tôt que l'année dernière.

Depuis, la situation s'est inversée. L'herbe des prairies suffit aux vaches. Cette situation est exceptionnelle à cette saison où l'affouragement au pré est devenu traditionnel.

La pluviométrie de l'automne sera aussi déterminante pour l'état de mes stocks. Je sais combien celle-ci peut être capricieuse. Mon voisin, à moins d'un kilomètre, a enregistré 50 mm de moins que moi au printemps, par exemple.

Si nous avions la possibilité d'irriguer les maïs, nous serions beaucoup plus sereins. Cela sécuriserait nos systèmes. Le maïs n'est pas plus gourmand en eau qu'une autre culture, il faut juste l'approvisionner en quantité suffisante au moment à la floraison. » 

 

Marie-France Malterre, Monique Roque et Eric Roussel

(publié le 26 août 2011)

 



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