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Grands dossiers

Article 11 :

Economie : autonome et efficace

Dans un contexte de cours fluctuants, la maîtrise du coût de production et une dépendance réduite par rapport aux achats constitueront des atouts.

Le prix des intrants a augmenté de 15% entre janvier 2006 et janvier 2007. Toutes les prévisions s’accordent sur une plus grande volatilité des prix dans l’avenir et nul ne sait quelle ampleur pourront atteindre les variations. Les laitiers se retrouvent de plus en plus en prise avec le marché. Pour résister en cas de baisse du prix du lait, ils ont intérêt à surveiller leur coût de production. Et quand les fourrages passent directement du champ à l’auge, quand les besoins en concentrés achetés sont faibles, la rentabilité de l’élevage est moins sensible aux variations des cours. Sur le plan économique, l’autonomie est donc un gage de sécurité à long terme. Même si elle se paie par des produits plus faibles certaines années.

Aujourd’hui, les prix élevés des céréales peuvent pousser à augmenter les surfaces en cultures de vente. Un pari qui permet, dans les bonnes années, de maximiser les produits végétaux. En contrepartie, la surface en herbe se trouve réduite, et le coût de la ration des laitières augmente. La facture énergétique, qui pèse déjà en moyenne 10% des charges, s’alourdit quand les travaux culturaux augmentent. Les études montrent que cette stratégie de maximisation des cultures de vente est gagnante avec des cours élevés. En 2007, les prix de vente ont fait mieux que compenser la hausse des charges. Tous les systèmes en ont tiré profit, les herbagers moins que les autres. Mais cette conjoncture particulière ne durera peut-être pas.

La question qui se pose désormais est d’assurer une rentabilité durable et régulière dans un contexte fluctuant. Le système fourrager ne saurait s’adapter à des visions à court terme. Une chute des cours des matières premières ne serait pas forcément accompagnée d’une baisse équivalente des charges. Car personne ne parie sur une réduction draconienne du prix du pétrole. Dans ce cas, les systèmes les moins consommateurs en intrants sortent gagnants.

Dans ce contexte, il est prudent de conserver de l’herbe dans la ration. « Grass is money », disent les Irlandais (l’herbe, c’est de l’argent). Chaque journée passée au pâturage est bonne pour leur porte-monnaie. C’est la même chose en France. Bien sûr, le potentiel de production des prairies est très variable. Chacun fait avec les caractéristiques de ses propres terres et la structure de son exploitation. Il n’est pas question de nier les avantages du maïs. Mais même sur une durée limitée, l’alimentation du troupeau à l’herbe permettra toujours de réaliser des économies. Le pâturage est, et restera, la source d’azote la moins coûteuse. Il offre une ration complète, dont il faut essayer de profiter au maximum. Le pâturage fournit ainsi une ration équilibrée qui permet de réduire les achats d’aliments. Economiser 1,5 kg de correcteur azoté par vache et par jour, même sur un mois, ce n’est pas rien.

 

Intensifier la surface

Maintenir une part d’herbe n’implique pas d’extensifier. Une large majorité d’élevages restent dépendants des fourrages stockés. Ces derniers jouent aussi un rôle essentiel de sécurisation. Et là, le maïs, du fait de sa productivité élevée, reprend l’avantage.

Sur le plan économique, les atouts de l’herbe sont intimement liés au pâturage. Sa récolte est d’autant plus onéreuse que les rendements sont faibles. L’enrubannage fait payer cher la souplesse qu’il apporte: compter 60 €/t de MS contre 40 à 45 pour du maïs, du foin ou de l’ensilage d’herbe.

Pour tirer profit de l’herbe, il faut donc savoir l’exploiter le plus souvent de manière intensive. Plusieurs raisons militent pour une recherche de productivité élevée des prairies. L’accès au foncier constituera pour beaucoup une donnée déterminante à l’avenir. La concurrence avec les agrocarburants ou les besoins liés aux extensions des villes et des infrastructures s’intensifie dans de nombreuses régions. Peut-êre faut-il aussi tenir compte du fait que la surface agricole disponible pour chaque Terrien diminue inexorablement. C’est l’une des limites du bio, tel qu’il est actuellement conduit en France: il est peu productif.

Quant aux systèmes tout herbe, s’ils peuvent afficher une excellente rentabilité, ils se heurtent souvent à une absence de perspectives d’évolution. Une fois que le système est calé, il devient difficile d’aller plus loin dans la réduction des charges ou d’envisager une augmentation de quota sans remise en cause profonde.

Or les opportunités d’évolution doivent rester ouvertes dans un objectif de rentabilité durable de l’exploitation. Là où la surface est limitante, les éleveurs doivent viser une productivité à l'hectare optimisée.

Le choix de maintenir une certaine part d’herbe ne va pas à l’encontre de cet objectif. Il suppose simplement de se donner les moyens de valoriser l’herbe. Enfin, l’autonomie alimentaire pourrait prendre de l’importance pour des raisons autres que l’économie pure. L’issue du débat en cours sur les OGM pourra peser sur les contraintes des systèmes fondés sur le maïs et le soja. Et renforcer le besoin en autonomie des élevages laitiers.

 

 

Une aide de 130 €/ha

Si les primes Pac du premier pilier sont peu favorables à l’herbe, d’autres aides (CTE ou CAD) l’ont encouragé. Difficile de dire dans quelle mesure le second pilier, qui vise à soutenir l’environnement et le développement durable, pèsera. Mais dès aujourd’hui, une mesure agro-environnementale (MAE) se met en place: le système fourrager économe en intrant (SFEI). Elle repose sur un contrat de cinq ans. La surface en maïs est limitée à 18% de la SFP à partir de la troisième année au plus tard. La surface en herbe doit être ramenée à 55% de la SAU et 75% de la SFP. Là encore, un délai de trois ans est accepté. La fertilisation minérale sur prairie est limitée à 30 UN/ha. Elle sera nulle sur le maïs. Les achats de concentrés sont limités à 800 kg/UGB. La destruction chimique des couverts végétaux est interdite et des restrictions visant les traitements pèsent sur les cultures. L’aide se monte à 130 €/ha/an, plafonnée à 7.600 € par exploitation. La transparence des Gaec s’applique. Les dossiers de demande sont à déposer avant le 15 mai 2008.

 

 

Lire également les articles suivants :

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par Pascale Le Cann, Jean-Michel Vocoret, Dominique Grémy et Nicolas Louis

(publié le 7 avril 2008)

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